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Préméditation
1. Que se pose la mouche, afin que j’arrache ses pattes, méticuleusement, très
consciencieusement, ainsi qu’on voit faire aux enfants le front penché,
En redevance du mal que tu me fais.
Que s’englue l’oiseau, afin que j’étrangle son cou, dégoulinant la perle de sang qui sourd à son bec sur mes doigts joints en collier dans la tiédeur des plumes,
En redevance du mal que tu me fais.
Que se prenne l’éphémère au réseau de mes mains unies afin que je broie ses ailes, très délicatement, ne gardant à mes ongles qu’un impalpable cerne blond,
En redevance du mal que tu me fais.
Que vienne ma mère m’embrasser, afin que je repousse son visage offert et la lèvre ouverte au baiser :
C’est redevance du mal que tu me fais.
2. A l’église où jamais on ne m’a vue entrer, Vêpres sonnant, carillonnantes au clocher,
J’irai prier les dieux auxquels je ne crois pas Tant me point de folie et tant mon cœur est las,
Tant me sourd de colère et tant se perd l’amour,
Et tant je ne sais plus ce qu’il faut faire pour Que s’apaise et se taise la babillarde peine Que tout au long du temps je ressasse et j’égrène.
J’ai mis sur mes cheveux la pleureuse mantille
Et noué à mon cou le velours où l’or brille, Et je m’amuse fort des atours de parade, Sans oublier des gants la noire mascarade.
Ecoutant à genoux l’incompris verbiage, Rotules abîmées et le visage sage,
Dédiant au vitrail un sourire innocent Et professant tout bas un amour très décent
Pour un Très-Haut, Très Chaste et parfait impuissant,
Narines récréées par l’encens odorant, Geignant des oraisons, marmonnant des sottises, J’oublierai de pleurer. Ma détresse s’enlise.
3. J’achèterai demain au marchand de la foire un beau couteau de corne qu’ornent
des clous dorés sur le manche, Un couteau à cinq lames,
Comme en ont les gamins pour façonner les branches, pour appointer leurs flèches ou pour courber leur arc.
La plus petite lame est pour la libellule dont l’ombre trame un vol sans drame au-dessus du ruisseau,
Comme un songe qu’il me viendrait de toi.
– Telle une feuille repliée qui s’en irait au gré de l’eau. La deuxième est pour la pousse frêle, longue et grêle comme tes doigts,
nourrie de vent et de soleil, Comme un songe qu’il me viendrait de toi.
– Hachée menu, telle pâtée pour les oiseaux. La troisième est pour la fleur pareille A tes yeux penchés vers moi…
C’était au jour des merveilles, Comme un songe qu’il me viendrait de toi.
– Telle au creux de ma main une lettre froissée.
La quatrième est pour crucifier l’oiseau tombé du nid que m’apporteront
les enfants, Comme un songe qu’il me viendrait de toi.
– Comme loque dépenaillée, déplumaillée.
Et la cinquième, la plus longue,
Qui glisse, lisse, entre mes doigts,
Pour déchiqueter les songes,
Songes qu’il me vient, de Toi.
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