Mireille Sorgue
La poésie

Nocturne

 

Dans la torpeur des interrègnes
Quand s’assoupissent les duègnes
D’un tesson d’étoile je peigne
           Mes doigts épars,

Jusqu’à la nuit je suis recluse,
Mais la lune, experte en ruses
Vient pour dégrafer les écluses
          Lorsqu’il est tard,

Alors se descellent les cages
Et des ribambelles d’images
Au long du jour prises, en otage,
            Se dévergondent,

Fuient en gambades illicites,
S’assemblent en noces fortuites,
Se nouent, tournant toujours plus vite
            La folle ronde

Vagabonde, sur la cadence
Echevelée. Phosphorescence
Des points d’orgue sur le silence,
            Morse strident.

La vitre aux paupières blafardes
Cloue dans cette orgie une écharde
Et son regard trouble s’attarde
           Déliquescent,

Sur ces ténèbres tressautantes
Où des corolles rutilantes
S’épanouissent en chuintant
            Feu d’artifice 

Tandis qu’en cohortes maussades
Les contraintes et les brimades
Ereintées par la bousculade
           S’évanouissent

Fluets fantoches aux pas débiles ;
C’est l’heure où ronflent les édiles,
Très grotesques statues d’argile
            Du piédestal

Chues, sous les édredons ventrus
Couvant leurs panses bien repues
Comme peau de tambour tendues,
            Ciel viscéral,

Cependant l’aiguille fragile
D’un chant de grenouille surfile
Ce voile que tissent habiles
            De pollen blond

Les doigts du vent, et les rêves,
Jusqu’à ce que le jour se lève
Farandolent sans plus de trêve,
           Baisant mon front

A satiété. Dans l’interrègne
Se sont assoupies les duègnes,
D’un tesson d’étoile je peigne
           Mes doigts épars.

 

 retour