Mireille Sorgue
  Sa vie

19 mars 1944. Naissance à Castres (Tarn) de Mireille Pacchioni. Ses parents sont instituteurs à Salclas
et à Paulhe, deux petits villages des environs sur la commune de Montredon-Labessonnié. Son père,
Francis Pacchioni, va retrouver sa femme et sa fille tous les soirs à bicyclette. Engagé dans la Résistance,
il rejoint les FFI puis l’armée de libération et participe à la campagne des Vosges. Ils n’occuperont
un poste double qu’en 1949, à Massals.

En janvier 1946, sa mère, Arlette, mutée à Lacabarède, dans le même département, emmène Mireille
rejoindre son père, envoyé en occupation en Allemagne, à Freudenstatd dans la  Forêt-Noire.
Marie-France, sa petite sœur, naît là-bas le 21 mars 1946.

Revenue en France pendant l’été, la famille s’installe à Montpellier où le père, sous-lieutenant, est cantonné.
Les premiers souvenirs de Mireille datent de ce séjour derrière l’esplanade du Peyrou, dans le quartier
des Arceaux, racontés dans un texte qu’elle écrivit pour la Revue du Tarn. Les vacances se prennent chez la grand-mère paternelle, dans le vieux Cannes, sous la tour sarrasine évoquée dans le devoir du Concours général. Maria, une lingère, une forte femme, avait dû renoncer au chant lyrique (un imprésario l’avait remarquée au casino de la ville). Francis, son fils, fut contraint à son tour d’abandonner le piano à l’âge de dix ans.

Libéré de ses obligations militaires, jusqu’à la guerre d’Algérie, Francis Pacchioni réintègre l’enseignement.
Il est nommé à Fontbelle, commune de Cambounès, près du Sidobre, pour les années scolaires 1947-1949. Arlette, avec deux enfants, a pris un congé. Quand arrive noël 1947, Mireille sait lire, elle a appris pratiquement seule, après les cinq ou six premières pages, dans un livre aux grandes images. Déjà se développe son amour de la campagne, de la lecture et son besoin impérieux de se lever tôt.

A la rentrée 1951, ses parents sont nommés à  Labastide-Rouairoux, dans la vallée du Thoré, entre
la montagne Noire et les monts de Lacaune, occasions de longues promenades. Sa mère est promue directrice de l’école de filles et son père directeur du CEG.  Les deux sœurs grandissent dans la discipline du rythme scolaire et l’obligation de la perfection. Quand Mireille entre en CM2 elle a deux ans d’avance. Trop jeune
pour le concours d’entrée en sixième, elle patiente une année dont elle profite pour goûter au bonheur.
Son autre grand-mère, Louise (Manou), ouvrière dans une usine textile, vit avec eux, douce, menue,
silencieuse et que le travail n’effraie pas.

Juin 1959. Mireille est reçue première au concours de l’école normale d’Albi.

Juin 1961. Elle obtient le premier prix de dissertation française au Concours général. C’est le début d’une correspondance – les Lettres à l'Amant seront la publication d'une partie de celles de Mireille – puis d’une liaison avec un inspecteur de l'Éducation nationale qui écrit sous le nom de François Solesmes. La parution de sa copie dans Le Figaro littéraire l’amène aussi à un échange de lettres, pendant plusieurs années, avec un polytechnicien octogénaire, Victor Piquet, qui a apprécié son style: « c’est un don » lui écrit-il (correspondance inédite à ce jour). Elle y montre son esprit critique et passionné, sa saine indépendance et sa joie de vivre puis fait allusion à la dégradation de sa santé.

1961-1962. Terminale (classe de philosophie) à l’école normale de Toulouse. Au cours de l’été et de l’automne 1962, Mireille écrit ses premiers poèmes.

1962-1963. Faculté de lettres, propédeutique. Elle pense devenir simplement professeur de CEG. Elle suit
les cours de René Nelli sur la fin’ amors et l’érotique des troubadours ; comme elle aura des projets
d’agrégation et d’un travail sur les Lettres à Lou avec Michel Décaudin, spécialiste d’Apollinaire (il enseigna
à Toulouse jusqu’en 1969).

1963-1964. IPES. Elle est reçue première au concours d’élève-professeur.

1964-1967. Licence de lettres. Pendant l’été 1965, en vacances en Provence puis au Cap d’Agde,  elle commence la rédaction de la Célébration de la Main (qui deviendra L’Amant) qu'elle termine en octobre et qu'elle enverra à l'éditeur Robert Morel. En 1966 ses parents s'installent à Lacaune (direction de l’école des filles pour sa mère, de l’école des garçons et du CEG pour son père). Mireille, malade, surmenée, y passe l’été et réussit ses examens en septembre. En juillet 67 elle se présente avec succès aux épreuves du CAPES à Paris.

12 août 1967. Mireille fait le voyage de Lacaune à Paris et passe quelques jours dans le quartier de l’Odéon.
15 août. Elle prend à la gare d’Austerlitz le train de nuit Paris-Toulouse. Des passagers la voient en pleurs et tentent de la réconforter.
16 août. A l’aube, elle ouvre la porte extérieure et se jette du train entre Caussade et Montauban.
17 août. Mireille Pacchioni décède à l’hôpital Purpan de Toulouse. Elle avait 23 ans.

« Et la fin sera pareille à celle de l’oiseau qui s’épuise contre les barreaux jusqu’à son dernier souffle. » (Lettres à L’Amant, tome I, p.160)

(Des moments de la vie trop courte de Mireille seront peu à peu développés dans ce site, qui lui est dédié, avec les témoignages des personnes qui l’ont connue, rencontrée ou découverte par la lecture).

Merci à François Cartigny qui, par ses démarches auprès de la municipalité de Toulouse, a obtenu en 1994 qu'une rue de la ville porte le nom de Mireille Sorgue

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